L’INSTALLATION DE LA PAPAUTE
A AVIGNON
 

Clément V (1305 - 1314)

Jean XXII (1316 - 1334)

Benoit XII (1334-1342)

Clément VI (1342 - 1352)

Innocent VI (1352 - 1362)

Grégoire XI (1370 - 1378)

A compter du début du XIVe siècle et pendant près de soixante-dix ans (1309-1378), Avignon fut la capitale de la Chrétienté. Ce séjour, exceptionnel de par sa durée à l’extérieur de Rome, fit connaître à cette cité moyenne de la vallée du Rhône un destin prestigieux.

Depuis la fin du XIIIe siècle, le pape ne se sentait plus en sécurité dans les Etats pontificaux, déchirés par les luttes entre les partisans du pape, les Guelfes, et ceux de l’empereur, les Gibelins.
Sa résidence officielle demeurait Rome, avec l’usage alterné des palais du Latran et du Vatican. Cependant, entre 1198 et 1304, les papes vécurent près de soixante ans hors de la Ville Eternelle. La Curie itinérante, séjournait généralement l’hiver à Rome et l’été, la ville étant insalubre, elle se réfugiait dans les différents palais du Latium.

Les raisons de l’installation de la papauté à Avignon

Au-delà de ce contexte troublé, survint une terrible querelle entre le roi de France, Philippe IV le Bel (1285-1314) et le pape Boniface VIII (1294-1304). La guerre franco-anglaise nécessitait, pour le souverain français, la recherche d’importantes ressources financières.
Il ordonna la levée de nouveaux impôts auxquels Boniface VIII s’opposa. Philippe le Bel riposta en interdisant tout transfert d’argent hors du royaume de France.
Le pontife convoqua, à Rome, un concile de l’Eglise de France en 1302. Le roi rétorqua en organisant une assemblée de laïcs et d’ecclésiastiques à Notre-Dame de Paris, qui proclama son indépendance. Le souverain fut excommunié par le pape en avril 1303 ; en septembre, il envoya Nogaret, son conseiller, arrêter le pape dans son palais d’Anagni. C’est le fameux épisode de l’attentat d’Anagni, au cours duquel le pape aurait reçu un soufflet. Délivré par la population, Boniface VIII mourut un mois après cet attentat qui connut un grand retentissement dans toute la Chrétienté.

Le choix de Clément V

Son successeur, Benoît XI ne régna que quelques mois. Pour régler sa succession, le conclave de Pérouse s’ouvrit le 18 juillet 1304. Le Sacré Collège, faute de s’entendre pour élire un de ses membres, porta son choix le 5 juin 1305 sur l’archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got, qui prit le nom de Clément V.

Se trouvant dans son diocèse lorsqu’il apprit son élection, Clément V s’achemina par étapes successives vers Avignon, où il fit son entrée solennelle le 9 mars 1309. Le pape n’avait pas l’intention de transférer le Saint-Siège en France, mais les conflits qu’il devait régler le poussèrent à rester à proximité du roi de France pour mener à bien de difficiles négociations.

Le choix d’Avignon

Depuis 1290, la seigneurie d’Avignon appartenait au comte de Provence, qui était aussi roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem et, à ce titre, vassal du pape. Elle jouissait d’une grande paix et d’un climat salubre. Avignon était proche du Comtat Venaissin, qui appartenait à l’Eglise depuis 1274. Située au carrefour des grands axes de circulation nord-sud et est-ouest, la ville possédait un pont stratégique sur le Rhône.
Au début du XIVe siècle, elle comptait de 5 à 6000 habitants, ce qui faisait d’elle une ville moyenne. Boniface VIII y avait fondé une Université en 1303.


Clément V à Avignon

Il décida de résider au couvent des Dominicains, hors les murs du XIIIe siècle, du côté du Rhône, qui était alors le plus grand couvent de la ville. Curialistes et cardinaux se logèrent en ville. L’ajournement du concile de Vienne prolongea d’un an ce séjour avignonnais.
Puis en mai 1312, à la fin du concile, le pape , très malade, décida de regagner Avignon pour y passer l’hiver. Cependant, en deux ans, il n’y résida que 160 jours, tandis qu’il en passa 200 au prieuré du Groseau, au nord-ouest du Mont Ventoux, 133 à Châteauneuf-Calcernier (Châteauneuf-du-Pape) et 92 à Monteux, chez son neveu le vicomte de Lomagne qui venait d’acheter le château. Il séjourna également au château de Caromb et à Bédarrides. Il n’était accompagné que de quelques serviteurs et de quelques officiers de son administration. La majeure partie des services demeurait à Avignon et à Carpentras, où se trouvaient les cardinaux et les tribunaux apostoliques.

Durant son pontificat, Clément V créa 24 cardinaux. A sa mort, on dénombre 8 italiens, 10 gascons, 3 languedociens un quercynois et deux normands. Ce changement était révolutionnaire, bien que la majorité française fût elle-même divisée. Face à ces Français méridionaux, les autres groupes n’étaient pas en mesure d’imposer leur influence. Ainsi, la nouvelle composition du Sacré Collège permit l’élection d’une succession de papes français qui, au fil du temps, décidèrent de faire d’Avignon la nouvelle capitale de la Chrétienté et une seconde Rome.

La papauté à Avignon

L’installation de la papauté à Avignon eut des conséquences majeures sur la ville que Clément VI acheta à la reine Jeanne de Naples en 1348, pour la somme de 80 000 florins d’or. La construction du Palais, pour l’essentiel en vingt ans, changea la physionomie de la ville.
Benoît XII construisit le Palais Vieux à l’emplacement du palais de l’évêque et Clément VI le compléta par les bâtiments du Palais Neuf (surface au sol : 6500 m2, 15000m2 avec les cours et les jardins).
Simultanément, la ville se couvrit de palais : une trentaine de livrées cardinalices furent construites pour abriter les cardinaux et leur cour. Un des exemples majeurs demeurant en place aujourd’hui est la livrée Ceccano, actuelle Bibliothèque municipale. Eglises et couvents s’agrandirent et s’enrichirent de nombreuses œuvres d’art.

Attirés par la présence de la Curie, commerçants, artisans et banquiers s’installèrent dans la ville qui déborda de ses murailles.
Les papes Innocent VI et Urbain V firent construire un nouveau rempart (1357-1372) qui englobait les nouveaux bourgs et que l’on peut encore admirer de nos jours.
La ville prospèra et passa de 6 000 à 30 ou 40 000 habitants, selon les évaluations des historiens. Elle devint alors un centre artistique, intellectuel et économique essentiel.
Neuf papes (dont deux dits schismatiques) y séjournèrent, faisant d’elle une seconde Rome et la Capitale de la Chrétienté. Après le retour à Rome, la papauté resta présente à Avignon par le biais de légats et vice-légats jusqu’à la Révolution.